Sur un ponton au bord du lac d’Annecy, je l’ai entendu crier. Il s’est posé sur un poteau. J’ai pu l’observer et le photographier, mais pas comme je le voulais. J’ai pris le temps de l’attendre. Il faisait froid, trop fort. J’ai dû rentrer, mais je me suis promis d’y retourner.
Quelques jours plus tard, je suis revenue. Je me suis assise sur un ponton plus proche des poteaux. J’ai attendu. Longtemps. Longtemps. J’ai décidé qu’il était temps de partir. J’ai marché le long du lac et suis revenue sur mes pas pour rentrer. Et là, je l’ai entendu. Au milieu de la roselière, il est apparu. Il s’est posé à l’endroit parfait. 5 secondes top chrono. Il est reparti. Je ne l’ai plus revu.
La vie est faite de rencontres. Toutes mes images viennent de là. J’ai toujours eu la chance, hasard ou non, de rencontrer. Un nom me vient en tête. Quelques heures ou jours plus tard, la rencontre se passe. 
Ce jour-là, je randonne entre champs et bois. 

Lorsque je sors d’une forêt, j’ai l’habitude de ne pas me découvrir. J’inspecte d’abord l’espace pour voir si un animal s’y trouve. J’observe un chevreuil couché dans les sillons qu’un tracteur a laissé. Je continue. Je marche. J’entends les oiseaux et j’essaye de les identifier. 

J’arrive en contrebas d’un champ que je dois longer. Des vaches, des veaux, et même un taureau y vivent. J’accélère le pas, pas très rassurée. Arrivée en haut de la côte, je fais une pause et observe ce paysage. 

En contrebas, un renard chasse. Je me baisse pour qu’il ne me remarque pas. Le vent vient face à moi. La bouchure est haute et épaisse. Je sais que je ne peux pas le déranger et qu’il ne me remarquera pas. Petit à petit, il remonte le champ. Parfois, il s’arrête pour chasser, rien de concluant. 

Au vu des kilomètres à parcourir, j’avais fait le choix de ne pas emmener mon téléobjectif avec l’envie de renouer avec le paysage. Évidemment. 

Ne pas avoir mon matériel m’impose l’instant présent. Je fais quelques images, mais je suis vite limitée. Quelques images pour ne pas oublier ce moment. Il s’approche, sans jamais me sentir, ni me voir. Il se rapproche beaucoup. Je choisis de partir pour qu’il ne soit pas surpris de ma présence si l’envie lui prenait de franchir la haie. 

Je pars sans faire un bruit. 
Il fait demi-tour. 

Reste cette image.
Reste mon souvenir.

Le renard
Au coucher du soleil, j'attends la chevêche. Pourtant, ce n'est pas elle qui se montrera.
Un court instant à la fenêtre, il s'est installé sur le magnolia glacé le temps d'une image. 
Au petit-déjeuner, au milieu des pins du Moulleau, il crapahutait comme à son habitude. Sur le vieux chêne, j'ai vu une petite tête dépasser, le temps d'une rencontre, puis filer. 
Fascinant est le lien entre les cygnes et la peinture.

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